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HONDSRUG RASPOETIN
par Marine GUERILLON-DORGUIN |
![]() HONDSRUG RASPOETIN à 24 ans. Hondsrug Raspoetin a succombé des suites de coliques le 3 janvier dernier, à l'âge de 27 ans, en Allemagne chez les Schröder qui en avaient la garde depuis le 13 novembre 2006. Il n’aura malheureusement eu le temps d’effectuer qu’une seule saison de monte outre-Rhin. Revenons sur la vie de cet étalon Welsh Pony avec sa dernière propriétaire, Marine Guérillon-Dorguin, à la tête de l’élevage du Tilia en Seine-Maritime et d’un tiers du Syndicat Linaro, qui a écrit ces lignes quelques semaines avant de perdre son étalon noir fétiche… Tandis que je regardais ce qui se faisait de mieux en Welsh à vocation sportive en France et en Grande-Bretagne, dans l'optique de ramener en France un étalon d'Elite, Guillaume Levesque, plus branché poneys de sport en général et Championnats d'Europe en particulier, épluchait les origines des performers de tout poil et surtout de toutes races... C’est ainsi que le doigt a été mis sur Constantin (Whatton Copper Beech x mère petite fille de Coed Coch Berwynfa), Welsh né aux Pays-Bas puis importé en Allemagne par la famille Ellers, père de quatre Poneys de Selle Allemands sélectionnés pour les Championnats d’Europe, un en CSO et trois qui furent médaillés d’or en Dressage ! Ce Constantin, dont la carrière de reproducteur a toujours été particulièrement bien gérée par ses propriétaires-étalonniers, a produit chez nos voisins 24 étalons en race pure et en croisement et se situe depuis bon nombre d'années dans la tête des meilleurs pères allemands de poneys de sport : en 2006, sur plus de 1 750 étalons, il est 6e (et 4e toutes années confondues). Pour exemple de l'excellence de sa production, les gains totaux cumulés par ses produits en Allemagne en compétition atteignent plus de 58 000 € ! Plusieurs visites chez les Ellers et moult propositions de congélation, location et autre achat d'étalons (Constantin : trop vieux ; Carnuet, trop cher : 15 000 euros ; Charivari : pas à vendre…), nous ont conduit à chercher... et à remonter au père de Constantin : Whatton Copper Beech. Tirza Walta, notre correspondante néerlandaise, co-webmastrice du site du Syndicat Linaro, spécialiste de Welsh et Welsh Part Bred, a eu l'idée en même temps que moi : « Mais le père de Constantin, labellisé Keur (mention décernée aux étalons sur la base de la qualité de leur production), est toujours vivant et en activité ! Et il y a un frère de Constantin, toujours aux Pays-Bas, en activité et bien connu pour sa production sport, un noir nommé Hondsrug Raspoetin. ». Jean-Marc Lefèvre se déplace pour aller les voir et discuter d’un possible achat : Raspoetin lui plait beaucoup, mais il est annoncé à 5 000 €… contre 500 € pour le vieux, mais chouchouté, Whatton Copper Beech : c’est donc ce dernier qui arrive en France début 2004 ! ![]() SIR RASPOETIN TILIA, ce magnifique bai foncé fait partie de la première génération de produit né en France. Une amie se penche sur le pedigree de Copper Beech et nous signale qu’il est inbred 3 x 3 sur l'exceptionnelle Springbourne Ladybird dont le premier produit, Steele's Paeony, importée en France en 1971 par Marjorie de Ravignan, est à la base de la meilleure souche de Welsh B à vocation sportive en France (d’où, entre autres Bolino Ravignan, père de l’étalon champion de France de Grand Prix Elite 2007, Intermède à Bord). Nous voilà confortés dans notre intuition d’avoir à faire à quelque chose de vraiment spécial en matière de Welsh… Malheureusement, Copper Beech aura beaucoup de mal à s’adapter à son changement de vie, perdra de l’état et ne remplira que deux ponettes pour le compte de Jean-Marc. Début 2005, alors que les éleveurs parlent de prendre leurs reports de saillie, nous prélevons l’étalon en espérant un mieux : Copper Beech est complètement clair, 0 spermato dans l’éjaculat. Il ne reste donc plus qu’à casser la tirelire et aller chercher Raspoetin. Nous envoyons Tirza en éclaireur tâter le terrain… Le propriétaire est à son image, dur et sans pitié. Il en fait baver à Tirza, mais est désormais prêt à lâcher son étalon pour la modique somme de 4 000 € en liquide et l’engagement écrit et signé de renoncer à toute possibilité de réclamation future. Tirza nous a prévenus : le prix a certes baissé, mais l’étalon n’est plus en aussi bel état, l’homme ne le soigne pas ou peu… d’ailleurs la veille de son départ, le feu a pris dans la remise à côté de son boxe. Nous prenons la route, Jean-Marc et moi : c’est décidé, si l’étalon me plait, je l’achète avec mes propres deniers ! ![]() RASPOETIN était le chouchou de la classe "Etalons montés" d'Ermelo (Pays-Bas). Raspoetin est en poil d’hiver. Il nous attend la tête à la porte de son boxe. L’homme lui passe le licol et le sort dans l’allée centrale. Nous ne sommes pas déçus : certes nous lui distinguons les côtes, mais l’œil est vif et intelligent et le port de tête, altier. J’ai envie de dire que Raspoetin est le plus moderne des anciens : sa tête est bien Welsh, mais virile, l’encolure est attachée haut, mais relativement épaisse, l’épaule est importante et superbement orientée, le garrot est sorti et le dos, ni court ni long, est remarquablement tendu. Peut-on le voir se mouvoir en liberté dans la carrière ? L’homme soupire et a un mouvement d’impatience, mais sort avec le poney en licol et le lâche. Il galope, aussitôt piqué par l’air froid et sans doute heureux de pouvoir se dégourdir les jambes. Plutôt fait en montant, il arbore un équilibre et un engagement incroyables ainsi qu’une grande souplesse ; son amplitude nous laisse muets, nous nous regardons un sourire aux lèvres : nous avons notre étalon ! L’homme me tend l’extrémité d’un ruban de clôture électrique pour rabattre l’étalon dans un coin et pouvoir ainsi l’attraper…Manifestement, cette opération lui pose problème. Raspoetin le contourne et vient me mettre son licol dans la main. Tirza s’exclame : « He has chosen you, Marine ! ». L’homme compte ses billets, nous confirme que Raspoetin a déjà rempli deux ponettes en ce début d’année et embarque l’étalon dans le van. Nous prenons la route du retour sur un « Good luck with him » que nous traduit Tirza – sans qui il n’aurait jamais été possible d’approcher Raspoetin (Again, many thanks Tiz ;-). Deux mois passeront avant que je puisse revoir Raspoetin. Il a rejoint deux autres étalons du Syndicat Linaro, a commencé les saillies dès son arrivée, attendu qu'il était par les poulinières restées vides de son père Copper Beech. Pendant ce temps, Tirza et moi travaillons d'arrache pied à l'élaboration de sa fiche étalon. Tirza savait qu'il avait de nombreux produits tournant très bien en sport au niveau national, mais rassembler les informations sans SIF ni SIRE comme en France était une autre histoire. Enfin, nous publions sa fiche sur le site internet du Syndicat Linaro. Nous avons l'habitude de voir nos nouveaux étalons fraîchement accueillis mais là, c'est du jamais vu ! Accueil plus que glacial, hostile : les informations sont mises en doute ! ![]() SUMMER, Welsh Pony par Hondsrug Raspoetin et Moleneinds Irma par Bronllwyn Cha Cha. Après avoir évolué au plus haut niveau aux Pays-Bas en CSO, cette grande sportive a été vendue en Suède ou elle remporta en 2005, 2 médailles d'or lors des Championnats Nationaux de Suède. Photo Annette Boe Østergaard. L'Association Welsh Française nous avait autorisés à lui faire faire la monte dès son arrivée en France, mais avait voulu le voir en commission lors du Sologn' Pony. L'étalon ayant perdu beaucoup d'état, nous les avions prévenus qu'il n'était pas présentable et avions demandé à ce que son passage soit reporté en début de saison suivante : rien à faire, ils nous avaient imposé le déplacement. Raspoetin était absolument in jugeable et n'obtiendra donc pas la note suffisante pour obtenir une quelconque qualification ! Cela ne l'empêchera pourtant pas de battre chaque année des records de saillie chez les étalons Welsh Pony : en 2005, SIRE trouve 25 juments saillies, en 2006, 22 alors que nous avons vendu 25 cartes, et en 2007, 13 (15 cartes vendues) alors que Raspoetin n'est plus disponible en France qu'en semence congelée ! En effet, nous avons trouvé qu'il était trop peu utilisé en race pure et le congelé convenant parfaitement pour les croisements avec les juments de selle, nous avons décidé de le laisser partir en Allemagne fin 2006 pour servir de très bonnes Welsh pendant qu'il en était encore temps. ![]() WHOOPY, Welsh Pony par Ciejans Benji et Cindy par Hondsrug Raspoetin, médaille de bronze lors du dernier National Suédois de CSO. Photo Nathalie Lindh. Quelle drôle de carrière que celle de Raspoetin ! J’appris plus tard que ses naisseurs l’avaient donné comme lot pour une tombola locale alors qu’il avait environ un an ! Il sera quand même agréé à deux ans et demi, contrairement à son frère Constantin qui sera ajourné aux Pays-Bas avant d’être approuvé en Allemagne. Il gardera son agrément à vie, ce qui n’est pas chose garantie dans son pays d’origine, et, malgré une carrière de reproducteur beaucoup moins bien gérée que celle de son illustre frère (il changera relativement souvent de propriétaires sans doute parce qu’il produit plus sport que show et ne bénéficiera pas d’une jumenterie véritablement sélectionnée), ses produits trustent régulièrement les premières places lors des championnats nationaux de Dressage et de CSO (ou des deux à la fois) aux Pays-Bas…et ailleurs lorsqu’il arrive qu’ils soient exportés à l’instar de la multi-championne de Suède de CSO B, le belle Summer (photo) ou sa petite fille, Whoppy (photo), valeur montante dans la même discipline et dans le même pays ! Lui-même remportera trois fois la classe "Etalons montés" d'Ermelo, équivalent de notre National de la race à l’échelle des Pays-Bas - c'est-à-dire d’un pays ou le Welsh a une beaucoup plus grande popularité auprès des éleveurs. Il a également été attelé avec succès, preuve de qualités mentales et physiques certaines.
Marine Guérillon-Dorguin |
![]() TANGO CHARLY TILIA, un autre produit Français qui ne peut renier son père en ce qui concerne les allures ! Photo Corinne Sautereau-Fauvet. Epilogue Raspoetin aura été cet étalon à la vie peu banale, au charisme peu commun, devant lequel d’aucun se disait en le découvrant : « Bon sang, quel personnage ! » et dont on ne peut que pleurer la disparition. Cet hommage est la moindre des choses que nous pouvions lui consacrer et nous souhaitons longue vie à ces derniers produits et plein de succès à ceux qui vont encore naître, par le biais de l’IAC, dans les années à venir. Merci Raspoetin pour tout le bonheur et les magnifiques foals que tu m’auras donnés. Le 5 janvier 2008 Marine Guérillon-Dorguin |





