L'observation de l'évolution du phénomène poney en France, vu de la lucarne des « accros » aux poneys de sport d'élite, inspire un certain nombre de réflexions à ceux, qui comme moi, ont lu les trois derniers éditos poney du présent ouvrage et suivent également la compétition européenne depuis les années 90.
Les résultats des équipes de France de poney des disciplines olympiques (à l'exception du concours complet, pour ces dernières années) a toujours présenté une extrême régularité en épreuves internationales de niveau européen : nous terminions très généralement derrière les Anglais, les Hollandais, les Allemands, les Suédois, les Belges et les cavaliers des autres nations. Or l'année dernière a marqué, pour le saut d'obstacles, une encourageante perspective d'avenir : la France a terminé seconde par équipe lors des derniers championnats d'Europe.
Sans pour autant croire en la fin de nos déceptions, il est certainement intéressant d'y voir un signe de l'amélioration de notre compétitivité, tout au moins par équipe.
Pour continuer à s'interroger sur l'ensemble des paramètres indispensables pour accéder de manière régulière à de bons résultats au plus haut niveau, il est capital de rappeler les quatre difficultés couramment évoquées comme la cause de notre manque de compétitivité au haut niveau.
La qualité des cavaliers français sur poneys
C'est une excuse totalement fausse : les cavaliers français ne sont pas moins bons que les autres cavaliers européens. Pour s'en convaincre, il suffit de s'attacher aux résultats des cavaliers internationaux sur chevaux (seniors et juniors) : pourquoi les cavaliers français seraient-il capables d'obtenir des titres de champions d'Europe Juniors et ne seraient-ils pas capable d'en faire autant avec les poneys ? D'autant que la plupart du temps, les cavaliers Juniors sont d'anciens cavaliers internationaux sur poneys (à l'image de Vera Benchimol, Marie Pellegrin, Blandine Roux, Simon Delestre...).
La qualité de l'entraînement quotidien
Reprenant le raisonnement développé ci dessus, les arguments sont identiques : nous disposons en France d'entraîneurs d'excellente qualité.
La qualité de l'entraînement national, du circuit de haut niveau, des méthodes de sélection
Jusqu'à peu encore, il n'existait pas, dans le circuit français des poneys, ni méthode rationnelle de sélection, ni programme cohérent d'entraînement et de détection, ni enfin d'accompagnement qui permettent une saine émulation et tire le niveau par le haut. Aucune volonté politique ne s'est jamais dégagée dans ce sens.
Il est souhaitable par ailleurs que le circuit de sélection soit encore promu, avec un certain nombre de concours de référence obligatoires, ainsi que des stages de détection de nos futurs champions, afin que la collaboration entraîneur national / entraîneur quotidien soit renforcée et atteigne une réelle efficacité...
Il est enfin bien sûr important que l'entraîneur national s'éloigne de toute relation commerciale dans le domaine de la vente et de l'entraînement quotidien des poneys. En effet, s'il est parfaitement légitime qu'un entraîneur privé s'implique personnellement dans l'achat et/ou la revente d'un poney, c'est en revanche beaucoup plus délicat pour l'entraîneur national.
Cependant, là encore, cet argument est à nuancer, dans la mesure où l'encadrement du sport de haut niveau est parfois encore beaucoup plus médiocre chez nos voisins - comme en Allemagne, en Hollande ou en Suisse, contrairement à ce que nous pourrions être tenté de croire.
La qualité des poneys français
Il ne faudrait pas que les problèmes relatifs à la politique sportive du haut niveau français retire aux éleveurs de poneys et aux institutions leur part de responsabilité dans notre manque de résultats : nous mettons bien en cause la qualité des poneys produite par l'élevage tricolore.
Jusqu'à un passé récent, de nombreux éleveurs n'ont pas été sensibilisés aux réels besoins des utilisateurs. Certains prétendent encore que le marché réclame des poneys de seconde série - ce qui n'est pas faux en soi : il est évident que la masse des utilisateurs se situe dans les séries d'indice 2 et 3. Par conséquent, le poney de seconde série serait la gamme de poneys à produire... Cependant les éleveurs ne doivent pas se tromper d'objectif. Leur but devrait résolument résider dans l'amélioration de l'élevage et dans la production du meilleur poney possible, tendant à répondre au seul besoin du haut niveau. Adoptant cette ligne de conduite, l'élevage national produira de toute façon suffisamment de poneys de niveau 2 pour répondre à la demande. N'est-il pas plus porteur d'élever avec l'objectif de produire du poney de qualité, plutôt que de se maintenir à l'objectif d'un poney de niveau moyen ?
En interrogeant les cavaliers de haut niveau sur poneys ainsi que leurs entraîneurs, nous comprenons aisément le type de poneys qu'ils recherchent : il s'agit d'un cheval de sport dont seuls la taille et le caractère doivent tenir du poney, ayant les moyens d'un cheval de B1, de l'amplitude, de la trajectoire, du sang, de la franchise, du courage... Voilà l'objectif de production à se fixer !
Il est malheureusement incontestable que nous ne trouvons pas - ou qu'exceptionnellement et par hasard - aujourd'hui en France ce type de poney. Faut-il se contenter d'admettre cette situation et se résoudre à voir les compétiteurs de haut niveau acheter « étranger ».
Certes, nous nous réjouissons de voir quelques poneys français gagner en épreuves internationales, sous couleurs étrangères y compris. Mais ne nous laissons pas prendre par ce constat naïf : nos poneys manquent la plupart du temps de force, de moyens et de génie, ce qui les limite justement à un certain niveau et les empêche de briller au-delà.
Nous pensons cependant qu'il est possible de modifier la donne si les éleveurs s'en donnent les moyens par la rigueur de leur sélection et l'utilisation de reproducteurs, mâles et femelles, d'élite.
Nous constatons avec satisfaction qu'un nombre grandissant d'entre eux s'oriente dans cette direction. Nous ne pouvons que les encourager à continuer dans cette voie, quels que soient les oppositions et les obstacles que l'on voudra bien dresser sur leur chemin. Cette démarche est véritablement la bonne et celle qui amènera le poney français vers le succès.
Certes l'Administration française, ayant pourtant pour vocation de favoriser les initiatives et de soutenir les projets susceptibles de placer l'élevage français en première place, n'a pas toujours joué son rôle par laxisme, manque d'intérêt, méconnaissance de nos potentialités... Elle a même favorisé, et plus encore actuellement, l'utilisation généralisée des poneys sans origine pour la plus large compétition, ce qui a eu pour conséquence de diminuer la demande en poneys issus de l'élevage et donc de porter préjudice aux éleveurs français. Cette manière d'agir a abouti à une situation peu loyale et démotivante pour des éleveurs restant malgré tout très attachés à leur Administration.
Aujourd'hui, les Haras nationaux ont malgré tout bel et bien compris que le marché de l'étalonnage se situait autour des grands performers européens. Saluons ce grand changement positif et favorable à l'élevage de haut niveau.
Manuel LEFEVRE,
Ancien cavalier-éleveur.
Toujours passionné par l'élevage de poneys de sport !