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Le droit à l’état civil ou la "déréglementation" ?

Au pays de Voltaire et d’Hugo, tous les équidés ne naissent pas égaux !

Editorial
Annuaire de Monneron 2007
par Olivier VATHONNE  -  Elevage du Cocktail

N’est-ce pas un paradoxe ? La France, pays du SIRE, envié par de nombreux voisins depuis 1972, a été l’un des derniers pays d’Europe à faire naître des poulains OI - soit sans origine connue. Mais désormais, précisément à partir des naissances 2007, un poulain issu d’un étalon non agréé sera désormais OC, soit d’origine constatée, c'est-à-dire avec les noms de ses ascendants dans son pedigree. Or certains crient déjà au scandale de la " déréglementation " ! Pourtant non : seulement justice et liberté, devrions-nous répondre. Il faut en effet finir de lever définitivement la main mise des anciennes institutions qui étouffaient toute initiative.

Certes, on peut regarder ce qui se passe ailleurs et tenter de mettre en place un " schéma de sélection ". Cependant, quelles ont été finalement les raisons du succès du Selle Français originel ? Sans aucun doute un melting-pot de Demi-sang, de Pur-sang, d’Arabe, d’Anglo-arabe de Trotteur français d’Origine inconnue ; mais également une multitude de souches créées, exploitées et testées par des éleveurs avisés, perspicaces et visionnaires, qui ont eu le courage de prendre des risques !

Voila le problème : le Selle Français in extenso, cela n’existe pas ; il s’agit bien d’un registre de croisements, tout comme le Poney Français de Selle. Alors vouloir le standardiser et le mettre en " chiffres ", avec une mauvaise utilisation de l’outil Blup pour le Selle Français qui exclut la diversité génétique, le génie du Pur-sang ou le courage du Trotteur, c’était purement suicidaire.

Il ne faut pas vouloir produire comme les Allemands ou les Néerlandais ou comme d’autres encore, car cela reviendrait à produire du cheval étranger en France, mais il faut révéler " l’exception française " : utiliser librement ce qu’il y a de meilleur. L’éleveur hexagonal est gaulois, individuel et frondeur : laissons-le donc s’exprimer ! Il a besoin de liberté pour développer son art, alors finissons de démanteler les vieux carcans réglementaires, donnons à chaque poulain né en France un état civil et l’appellation Cheval ou Poney Français selon les cas et non des dénominations anti-commerciales. Le professionnel de l’élevage doit pouvoir travailler ses souches à sa guise et rester maître de ses coûts de production.

Inutile de gesticuler et de tenter vainement, à l’aide de vieilles recettes, de redynamiser le Selle Français, en voulant coûte que coûte protéger les éleveurs d’eux-mêmes. C’est de la professionnalisation et de la responsabilisation des éleveurs que viendront les succès futurs des chevaux et poneys hexagonaux !

Alors, allons-y carrément : " Cette fois-ci, nous y sommes. L’Europe est bien là et l’élevage français de poneys de sport semble enfin se plier à cette exigence bénéfique ", écrivait ici même, Jean-Marc Lefèvre en 2002. Les dernières mesures, que certains qualifient donc de " déréglementation ", viennent naturellement conforter toutes les mesures d’ouvertures récentes et ainsi renforcer le train de liberté en cours que réclament les éleveurs dans leur grande majorité.

Il est tout à fait légitime que ce soit aux éleveurs eux-mêmes de décider de ce qui engage leurs orientations, leur avenir et leurs revenus. Chaque éleveur a ses propres objectifs de production. La tendance actuelle va vers l’utilisation d’une concentration d’étalons de qualité, au niveau de la performance propre mais aussi au niveau de l’aptitude à la transmettre, ce qui indique bien que les éleveurs sont lucides et conscients des besoins qu’impose la compétition de haut niveau. Pour d’autres, dont les ambitions sont différentes, ils pourront facilement trouver des reproducteurs qui répondrons parfaitement à leurs besoins. Combien d’étalons de piètre qualité ont-ils été approuvés devant d’éminentes commissions ? Il n’est donc pas difficile que chacun fasse ses propres choix, sans services extérieurs, contraignants et coûteux.

A titre d’exemple et en parlant plus précisément Poney, nous pouvons citer l’initiative du Syndicat Linaro, qui en 2004, probablement pour anticiper sur la réforme dont nous parlons ici, a, sous pavillon de complaisance, fait approuver quelques jeunes étalons dont nous sommes en mesure de dire qu’a ce jour, ils ont tous reçu, avec succès, l’agrément en France, parfois même avec la meilleure note de la session ou après avoir gagné des finales de cycles classiques, voir à deux reprises pour l’un d’entre eux. Preuve est ainsi faite que les étalonniers ne sont pas fous au point de proposer une offre de qualité insuffisante, pas plus d’ailleurs que les éleveurs qui ne se sont pas " rués " non plus sur ces étalons qui présentaient pour eux un risque marketing, compte tenu d’un certain nombre d’incertitudes quand à leur appartenance au stud-book français ou le poids de tant d’années de tutelle.

Les fonctionnaires qui éditent les règlements sont nullement engagés par les effets néfastes qu’ils produisent et quand les dégâts de leur mauvais travail se font sentir, ils coulent de paisibles et confortables retraites, tandis que les éleveurs, qui en subissent les méfaits, n’auront pas les mêmes privilèges quand pour eux l’heure arrivera ! A titre d’exemple encore, convenons que toutes les dernières dénominations imposées, pour définir les catégories de productions, ne conviennent pas du tout à ce qu’attendent les éleveurs et sont peu valorisantes pour la production française : certaines associations de races de poneys souhaiteraient créer une section part-bred de leur stud-book et un livre B pour d’autres, mais la Tutelle les en empêche.

Alors que notre administration a su mettre en place de bons outils d’identification et de mesure des performances, mais à des coûts trop élevés, il semble qu’elle n’ait pas su, malgré tous les moyens dont nous disposons aujourd’hui, trouver la façon d’enregistrer facilement, pour un coût modéré, comme le font tous nos voisins d’Europe, l’état civil de tous les chevaux et poneys sur le territoire Français. La conséquence directe est que les établissements équestres utilisent pour l’enseignement près de 80% d’équidés d’origine inconnue ou non enregistrées, compte tenu du coût de l’enregistrement. Et pourtant, nous n’avons pas vocation à produire sans origines connues. C’est ni plus ni moins que l’échec d’un système qui n’avait pas pour vocation l’intérêt de l’élevage, mais l’intérêt du système, redisons-le à nouveau.

L’identification est un acte d’élevage, au même titre que la prophylaxie, l’insémination et le suivi ovarien, en tous cas dans le monde de l’élevage en général, ici et dans toute l’Europe. Alors rendons libres toutes ces pratiques aux éleveurs de chevaux et poneys Français. L’état civil devrait être un droit incontournablement complémentaire à toute traçabilité.

Donner aux éleveurs la liberté de produire avec les reproducteurs de leur choix, avec une facilité d’identification accrue, à l’aide de l’ADN si besoin est, c’est le moyen d’obtenir une parfaite traçabilité et un outil de sélection redoutable, pourvu que la performance soit parfaitement démontrée et que l’information circule avec honnêteté pour limiter les effets de mode.

Enfin, arrêtons définitivement de toujours vouloir prendre les éleveurs, les étalonniers et les usagers en otage pour le moindre incident administratif, car en ce domaine l’administration, qui n’est jamais pénalisée, n’est pas la dernière en matière de retards ou d’inerties dans l’accomplissement des tâches qui lui incombent.

Ce ne sera qu’avec un minimum de courtoisie et d’esprit consensuel, par des moyens simples et économiques, que nous pourrons valoriser toutes nos productions et rien ne pourra s’opposer à ce que des commissions, au service de l’élevage et des éleveurs, humbles et constructives, à titre pédagogique et éducatif, évaluent et expertisent les reproducteurs dans le cadre de labellisations pour que ceux que ça rassure, mais aussi pour optimiser les programmes d’élevage mis en place par les associations détenant les stud-books.

Olivier VATHONNE
Elevage du Cocktail